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 La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]

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Diego Valiente

ø Fifone Represso ø

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MessageSujet: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Mer 8 Juin - 22:29

    Le temps était clément, le lendemain était un jour de congé, et Diego s’en allait chez une amie chère à son cœur. Voilà de quoi lui rendre l’esprit léger, et dessiner sur ses lèvres un sourire presque niais et béat. Cela faisait quelques temps que Diego connaissait Donatella, et elle était rapidement devenue importante pour lui. Sa compagnie était agréable, et au-delà de ça, c’était une des seules connaissances du Livenzien dans cette ville encore nouvelle qu’était Belmonte.

    La mémoire de Diego n’allait pas franchement au beau fixe, mais il s’en accommodait plutôt bien. S’il se fiait à ses souvenirs, il n’avait pas oublié grand-chose de Donatella. Se fier à ses souvenirs n’avait en l’occurrence ni sens ni fiabilité, mais c’était son seul repère personnel. Quoi qu’il en soit, il l’appréciait beaucoup, et leur rendez-vous de ce soir avait quelque chose de réjouissant. C’était la première fois que Diego se rendait chez elle. Jusqu’à présent, ils ne s’étaient vus qu’à la librairie de Donatella, lieu de leur rencontre, et dans les cafés de la ville. Le Livenzien n’avait pas osé l’inviter plus tôt chez lui par honte de son petit appartement pas vraiment à la hauteur de l’image qu’il voulait se donner. Diego était noble, lui aussi, et s’il ignorait tout de la famille de Donatella, il savait que sa fortune n’était pas négligeable. Suffisamment pas négligeable pour qu’il ait honte de lui montrer son petit une-pièce pas vraiment décoré et encore moins aménagé. Dans la tête de Diego, ça n’était qu’un appartement temporaire, le temps de trouver les moyens de s’installer réellement et éventuellement de changer de casquette, mais dans les faits, c’était son logement, et nul ne pouvait prédire combien de temps encore il allait y rester.

    Une ancienne petite amie assassinée et oubliée, le néant sentimental et affectif depuis, Diego ne connaissait plus grand-chose aux femmes, et sa maladresse le rendait mal à l’aise, et donc encore plus maladroit. Néanmoins, certaines constantes universelles laissaient peu de chances à l’erreur. Un bouquet de fleurs était une attention rarement mal vue. C’est pourquoi il s’était arrêté chez un fleuriste sur sa route, pour en ressortir avec un joli bouquet rouge et jaune plein de fleurs dont il ne connaissait pas le nom ni la signification. Les sentiments de Diego pour Donatella étaient naissants mais bien réels et il s’inquiétait quelque peu de leur non-réciprocité potentielle. Néanmoins, le Livenzien n’était pas quelqu’un d’impatient, et il préférait dans un premier temps consolider leur amitié plutôt que d’oser une déclaration chancelante.

    Ses vêtements les plus élégants étaient restés dans la demeure familiale, en Livenza, comme nombre de ses affaires. Diego n’avait pris que le stricte nécessaire en quittant le nid pour prendre son indépendance. Sa garde robe était constituée de vêtements classiques, et sa tenue d’aujourd’hui ne dérogeait pas à la règle. Point de bijoux sinon la croix qu’il n’ôtait jamais. Une chemise bleu marine passée dans un pantalon de toile noire, des bottes qui allaient bientôt devenir trop chaudes pour la saison, et une veste légère noire passée par-dessus, n’ayons pas peur des couleurs. Le minimum de l’élégance, mais surtout la garantie de passer incognito au milieu de la ville.

    Le quartier bourgeois de la ville, proche du centre historique de Belmonte, était plutôt agréable pour s’y promener en cette saison. Diego l’arpentait souvent, en rentrant chez lui ou simplement pour prendre l’air et découvrir la ville. Belmonte était un lieu encore inconnu, et chaque coin de rue appelait à la découverte pour le Livenzien. Malgré les histoires plutôt morbides et inquiétantes qui traînaient sur la noblesse de la ville, Diego aimait Belmonte. C’était une ville particulièrement belle, agréable à vivre, et aisée pour se repérer.

    Il ne tarda pas à trouver l’adresse indiquée par Donatella, et à toquer à la porte de sa demeure, le sourire toujours aux lèvres.

    « Donatella ? C’est Diego ! »

    Lança-t-il à travers la porte pour s’annoncer, ne sachant plus bien si la jeune femme se souvenait de leur rendez-vous. Après tout, cela faisait déjà une semaine qu’ils ne s’étaient pas vus et qu’ils avaient fixé ce rendez-vous là.
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Donatella Sambre Cigno

Vero Cigno Bianco ღ

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Jeu 9 Juin - 8:24

Contrairement à ce que Diego pouvait penser en ce moment même, Donatella était loin, très loin d’avoir oublié leur rendez-vous. D’abord parce que la froideur cordiale qu’elle entretenait avec les hommes, par nature et par principe, la rendait réfractaire à toute rencontre de ce genre. En effet, à l’âge de 27 ans, elle n’avait jamais connu la moindre aventure, et encore moins le moindre amant. La perspective donc d’un rencart (et le mot, même silencieusement évoqué dans sa tête, la fit sourire) ne pouvait décemment s’oublier. Et ensuite, et c’était là la plus importante des raisons, parce qu’elle avait rendez-vous avec un homme charmant, aimant et aimable, avec qui elle avait beaucoup de plaisir à parler et à rire.

Diego Valiente se caractérisait par ses origines livenziennes qui lui conféraient naturellement une grâce et un charme que peu d’hommes possèdent, et cela n’était non pas tant dû à l’apparence physique, mais plutôt à l’allure générale, tant dans les attitudes que dans la manière de s’exprimer. Au-delà de ces considérations, bien que Donatella, comme toute femme, ne fut pas insensible aux charmes masculins, Diego était un homme tout récemment arrivé à Belmonte, qui devait certainement se créer des repères de lieux et de personnes, et son choix insolite de se diriger dans une librairie de livres anciens comme premier refuge ne pouvait que toucher Donatella.


Il s’était écoulé bien des jours depuis sa dernière entrevue avec Orazio G. Corvo, tête de famille accessoirement âme-sœur de la jeune femme, qui l’avait rejetée en soutenant qu’il ne pouvait rien pour elle – absurde, car au contraire il pouvait tout. La vérité était qu’il ne voulait rien. Depuis la revoir jusqu’à entendre parler d’elle.

Les premiers jours avaient été difficiles, Donatella s’efforçant de ne pas l’attendre ni de prendre nouvelle de lui, qui l’avait certainement déjà oubliée, peut-être même dans les bras d’une femme plus conciliante (si elle savait). Mais elle ne pouvait ignorer que son corps souffrait cruellement du manque d’amour et dépérissait avec une lenteur qui ne pouvait que rendre amèrement admiratif du raffinement avec lequel le Sangue Nobile des Cigno (ou devrait-elle plutôt dire, la malédiction) réclamait son dû. Car en effet, l’aspect général de Donatella semblait s’affaiblir de jour en jour, elle perdait en forces, en vitalité.

Une terrible obsession lui ordonnait de réagir, de retrouver le Corbeau et de tout tenter pour s’en faire aimer. A l’instar de son âme-sœur, elle s'était mis à entendre des voix qui l’invectivaient sauvagement, la menaçant, l’obligeant à échafauder jours et nuits des plans pour gagner l’amour d’un homme qui la détestait déjà sans même la connaitre. Parfois, ces voix prenaient un parti particulièrement pervers et lui suggéraient même de se comporter en prostituée, de réclamer au Corbeau qu’il la prenne, juste ça, juste une fois, lui en elle, et elle pourrait en mourir.

Les nuits qu’elle passait étaient sans cesse agitées de cauchemars atroces de concupiscence et de passion, où tour à tour elle s’unissait d’amour au Corbeau ou le laissait l’utiliser tel un objet sexuel sans autre volonté que de se soumettre à son Maître. Des cauchemars qui la faisaient se réveiller moite de sueur et frissonnante (d’envie ou de dégoût ?), au point qu’elle en pleurait d’impuissance.

L’arrivée de Diego avait marqué une trêve dans cette existence qui avait basculé du jour au lendemain de la plus harmonieuse paix à la torture insoutenable d’envier ce qu’elle n’obtiendrait jamais. Le jeune homme, par sa douceur, son mystère et la chaude amitié qu’il lui témoignait, avait apaisé l’effroyable gouffre qui poignardait son cœur et hurlait sa détresse dans l’inconscient de Donatella. Au contact du Livenzien, elle avait peu à peu réussi à s’ouvrir à quelqu’un d’autre qu’à ses peurs, et était redevenu un peu de la femme droite et calme qu’elle était auparavent. La présence de Diego agissait comme un baume apaisant, et doucement, lentement, il distilla dans ses veines une agréable tiédeur qu’elle n’osait confondre avec de la tendresse.

Elle avait besoin de lui.

Auprès de lui, elle oubliait.

Auprès de lui, de sa personnalité énigmatique, de ses attentions, elle découvrait ce que signifiait se laisser bercer par une connaissance qui ne vous voulait que du bien. Elle recherchait sa douceur comme un antidote à sa solitude incommensurable, et dans la crainte de devenir dépendante, elle espaçait leurs rencontres, ou ne les fixait que dans la librairie et des lieux publics, craignant qu’un tête à tête n’aboutissent à une douceur qu’elle se savait incapable de refuser, parce qu’elle en avait trop besoin, et qu’elle aimait Diego comme certains aiment Dieu et le voient : un salut. Craignant, encore plus, qu’au moment où celui-ci déciderait de partir, elle le supplie de rester.

Non, décidément, elle n’était plus la même depuis Orazio. Elle autrefois si noble, si posée, n’était plus que l’ombre esseulée d’une femme brisée. Vivre normalement n’avait aucun sens pour elle. Elle avait été naïve de songer ne serait-ce qu’une seconde qu’elle oublierait le Corbeau.


Ce jour, Donatella s’était premièrement vêtue pour sa part d’une robe aux tons partagés d’ocre, de brun et de rouge, à la mise apprêtée et aux manches blanches dénudant les épaules. Le corset qui emprisonnait sa taille comprimait ses seins, qu’elle avait menus et assez écartés l’un de l’autre. En croisant son reflet dans la glace, elle n’avait s’empêcher d’être prise au dépourvu : elle, essayant de paraître jolie, pour un homme. Elle s’était trouvée ridicule et avait aussitôt retiré cette parure, qui était sans doute sa plus luxueuse, au profit d’une longue robe de soie blanche et de son étole assortie, qui en cachait le décolleté. Simple ensemble qui avait juste pour avantage de faire ressortir la ligne fine de son corps, le dévoilant tout en pudeur. Soulagée, et se sentant beaucoup plus elle même dans une mise sobre, elle n’eut que le temps d’appliquer sur ses lèvres le rouge coquelicot qu’elle portait sans cesse, et qui faisait ressembler sa bouche sur sa peau pâle à un pétale de fleur flottant dans un bol de lait, avant d’entendre frapper à l’entrée de sa villa et la voix de Diego l’appeler.

Elle descendit au rez-de-chaussée en s’obligeant à faire montre de calme, mais lorsqu’elle ouvrit la porte, aussitôt, la douleur profonde qui cisaillait son cœur sembla se dissoudre à la vue de son invité. Elle adressa à Diego un sourire plein de sincérité, et se recula pour le laisser entrer.

- Bonjour, Diego, je suis si ravie de vous revoir… C’est un plaisir pour moi de vous recevoir.

Entre personnes de haute naissance, le vouvoiement était naturel et ne témoignait d'aucune distance, juste d'un respect mutuel.

Elle remarqua le bouquet qu’il tenait entre ses mains et un rapide battement de cœur lui fit souvenir qu’elle n’avait jamais reçu de fleurs de qui que ce soit. Celles-ci étaient belles, aux tons harmonieux, à la fois sauvages et élégantes, et Donatella releva vers son compagnon deux yeux d’un noir profond. Auparavant insondables, soit avant Orazio, ils laissaient maintenant transparaître toutes ses émotions, et la dernière ombre de tristesse qui voilait encore leur éclat disparut lorsqu’elle croisa le regard de Diego pour la seconde fois.
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Diego Valiente

ø Fifone Represso ø

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Ven 10 Juin - 20:45

Evidemment, Diego ignorait tout du mal-être qui rongeait son amie. Sans être égocentrique, le jeune homme passait tellement de temps à tenter de paraître correct, cohérent, et à s’accoutumer à Bulluno qu’il ne notifiait pas grand-chose d’autre. Pourtant, c’était quelqu’un d’attentif et d’attentionné, mais il faut croire que la pertinence lui faisait parfois défaut. Il faut dire que Donatella cachait bien son jeu. En présence de Diego, elle semblait aussi heureuse qu’une femme de son âge et de son caractère pouvait l’être. Son travail semblait lui convenir, et elle n’avait pas l’air de manquer de quoi que ce soit. Un corbeau ? Qui l’eut cru ?

Quand à la vague pointe de tristesse dans les yeux de Donatella, elle disparut avant que le Livenzien ne la remarque, trop occupé à trouver comment exprimer sa joie de la revoir. Il n’était pas vraiment doué pour l’empathie, et il fallait que la peine de ses proches soit vraiment claire pour qu’il la distingue. Alors faute de réconfort ciblé, il apportait sa présence, sa maladresse et sa bonne humeur.

« Je suis vraiment flatté que vous m’ayez fait l’honneur de m’inviter. Vous vivez dans un beau quartier. Et votre villa est… impressionnante. »

Et blam, des compliments en veux-tu, en voilà. Pourtant ils étaient sincères bien que curieusement apposés. Le Livenzien était enjoué de ce rendez-vous, mais il avait toujours peiné à exprimer ses émotions, les plus simples fussent-elles. Une éducation stricte et un langage soutenu en toutes circonstances n’avaient sans doute pas favorisé la plus grande spontanéité.

L’appartement de Diego faisait effectivement pâle figure à côté de la villa dans laquelle Donatella résidait. En homme galant, il aurait pu l’inviter chez lui, mais il se félicita de ne pas l’avoir fait. Son logement était plutôt honteux pour quelqu’un comme lui, et il aurait pu craindre que son amie le prenne pour un menteur. Mais pour l’instant, ils n’en étaient pas là. Diego avait tendance à glisser rapidement d’un sujet à l’autre dans ses pensées, et il parut un peu perdu l’espace d’un instant, avant de froncer les sourcils et de remonter son regard vers Donatella en lui souriant.

« Vous êtes bien élégante ce soir. »

Une spontanéité peut-être freinée par les barrières sociales, mais le sourire sincère que Diego offrait à son amie parlait pour lui. Il était rare de le voir sourire, ce que Donatella devait probablement ignorer car elle le mettait le plus souvent de bonne humeur. Quand au compliment, Diego ignorait bien entendu que la robe simple mais plutôt charmante avait succédé à une robe et un corsage trouvés trop luxueux. Quoi qu’il en soit, Donatella était une belle femme, et il était légitime que le Livenzien ne soit pas insensible à ses charmes.

« Voilà. Pour.. vous remercier de m’avoir invité. »

Diego lui tendit le bouquet de fleurs d’un geste un peu hésitant, en fixant tout d’abord son amie, puis en détournant le regard. Il avait évité les roses à cause de leur symbolique trop osée pour ce premier vrai rendez-vous, préférant à cela des fleurs inconnues. Ses yeux hésitèrent entre la timidité et la franchise, et firent des allers retours entre le visage de Donatella et le mur derrière eux. Dès qu’il s’agissait de sincérité, il commençait à être mal à l’aise.

« Ma semaine a été longue, mais j’avais hâte de vous revoir, Signora. Votre présence est… précieuse pour un homme comme moi. Comment s’est passée la votre ? »

Dans cette ville inconnue, Donatella faisait office d’amie mais aussi de réconfort. Le Livenzien n’avait plus de famille chez qui aller lorsqu’il se sentait seul ou qu’il avait simplement besoin de voir quelqu’un. Autant dire que le temps était long, le soir, après de fatigantes journées à la criée. Malgré un caractère plutôt facile à vivre, Diego n’avait rencontré que peu de monde dans la ville, ce qui rendait la présence de la Cigno d’autant plus appréciable… et le jeune homme d’autant plus maladroit.
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Donatella Sambre Cigno

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Sam 11 Juin - 11:49

La jeune femme apprécia à sa juste valeur le compliment que lui fit le Livenzien sur sa demeure, car en réalité, pour impressionnante qu’elle fut aujourd’hui, cette villa était partie d’une base assez simple que Donatella avait aménagé progressivement d’années en années, sans faire étalage de grands travaux, installant l’aisance matérielle par petites touches discrètes, accumulant objets d’arts et de valeur, mobilier de bois précieux, rideaux vaporeux et tapis moelleux sur une longue période qui n’altéra pourtant pas son bon goût. En effet, mieux valait pour elle être discrète à temps plein. Trop de luxe réuni d’un coup attirerait l’attention des gens et risquerait de remonter jusqu’à des oreilles desquelles il lui fallait mieux éviter de se faire entendre.

Par conséquent, la beauté de la maison de Donatella provenait en grande partie de son habile équilibre entre agencement bourgeois et matériaux plus humbles, conférant à l’ensemble une atmosphère particulière de confort qui devait tout au soin de son hôtesse. En réalité, la pièce la plus luxueuse était la verrière de la terrasse, en vitraux véritables, carreaux verts et violets rehaussés de motifs floraux complexes aux multiples arabesques. Mais Diego ne pouvait pas la voir encore, car elle se trouvait de l’autre côté de la maison, donnant sur le jardin intérieur. Jardin plutôt petit à la vérité, mais où la libraire avait fait creuser une mare à l’eau pure dans laquelle il lui arrivait de plonger, attirée qu’elle était par toute étendue liquide. C’était en fait là, parmi les plantes aquatiques aux longues tiges, qu’elle prenait les décisions les plus importantes de sa vie.

D’un geste, Donatella invita son compagnon à entrer et referma derrière lui la porte de chêne vitrée. Les derniers rayons de soleil de l’après midi éclairaient paisiblement l’intérieur, baignant la maison d’une lumière d’ambre qui rougissait à mesure que le jour déclinait. La première pièce était le séjour, mais il n’y avait pas vraiment de portes pour séparer les différents recoins de la maison. Tout était fait pour donner une impression d’espace harmonieux, équilibré. Un seul petit détail insolite : une table basse sur laquelle un immense récipient en verre, de forme sphérique et rempli d’eau, contenait des nénuphars d’un blanc éclatant.

Elle allait s’excuser de ce choix floral particulier, lorsque Diego choisit ce moment pour lui adresser un second compliment qui cette fois-ci lui était personnellement destiné. Elle le remercia d’un doux sourire.

- Je vous en prie… Cette robe n’est en rien plus élégante que vous ne l’êtes vous-même…

Et elle frôla de ses doigts pâles le tissu outre-mer de sa chemise, près de la croix de son collier. Ce faisant, elle remarqua que les yeux de son compagnon étaient soulignés d’un trait d’encre noir, entourant délicatement l’amande de leur forme. Un nouveau sourire naquit sur ses lèvres. Elle n’avait pas exactement prévu de le toucher, mais sa main avait esquissé le geste avant qu’elle n’y songe consciemment. Et pour tout dire, elle qui instaurait rarement le moindre contact physique avec quelque interlocuteur que ce soit, se demanda brièvement si la douceur du tissu égalerait celle de la peau hâlée juste en-dessous.

Elle s’en voulu aussitôt.

Etait-elle donc à ce point en manque qu’il lui faille nourrir de telles pensées envers un… un ami, se rappela-t-elle avec obligeance ?

Troublée, elle baissa la tête, juste à temps pour voir s’élever dans sa direction le bouquet de fleurs que le jeune homme lui avait apporté. Elle le prit entre ses mains et eut aussitôt le réflexe de le porter à son visage pour en respirer le parfum, fermant les yeux pour mieux laisser pénétrer l’odeur des fleurs.

- Il ne fallait pas… dit-elle en les rouvrant. Ces fleurs vous correspondent assez. Elle sont racées, mais ont en elles une essence de liberté... Je suis heureuse qu’elles vous ressemblent. Merci beaucoup…

Elle l’entraina à sa suite près d’une table ou les attendaient, préparés à l’avance, une carafe remplie d’un liquide étonnamment bleuté, une couple d’argent pleine de glaçons, et deux verres à pied à l’aspect cristallin. Tout en arrangeant les fleurs dans un vase, elle l’invita à se servir.

- Désirez-vous un peu de vin de pêche ? Il me vient de mon père. Sa couleur étrange est due aux myrtilles que je rajoute, en les laissant tremper à la fois pour lui donner un goût un peu plus sucré, et à la fois pour ensuite conserver les fruits et en faire… certaines douceurs.

Elle lui désigna une petite assiette garnie de minuscules gâteaux.

- Je vous en prie, servez-vous. Et ne vous en faites pas si vous n’appréciez pas, je peux vous offrir autre chose.

Puis elle prit place face à lui.

- Il me semble que vous m’aviez prévenue la semaine dernière que vos journées seraient difficiles… Est-ce que vous avez pu vous faire engager quelque part ?

Elle n’était en effet pas sans savoir que Diego recherchait un emploi depuis son arrivée à Belmonte, et l’aurait volontiers engagé s’ils n’étaient pas devenus rapidement si proches.

Leur proximité se traduisait pour Donatella par la façon remarquablement détendue avec laquelle elle se comportait avec lui. En ce moment, son corps mince et affaibli se penchait vers lui, comme cherchant à se tenir dans son aura, même assise. Un peu à la façon dont les tournesols appellent la lumière. Elle semblait vouloir maintenir une promiscuité physique avec le Livenzien, parfois malgré elle et peut-être, elle n’en savait hélas rien, malgré lui.

- Ma semaine a été paisible, mais ces jours m’ont parut interminables sans vous… Si longs. J’avais hâte de ce rendez-vous. Vous me... manquiez…

Et l'espace d'une seconde, elle parut surprise par l'ampleur de la signification du mot.
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Diego Valiente

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Dim 12 Juin - 22:53

A la suite de son amie, Diego entra dans le séjour, vaste pièce à la décoration presque sobre, mais plutôt agréable. Malgré l’heure tardive, la pièce était encore lumineuse, reflétant sur ses murs clairs les dernières lueurs de journée. Trop occupé à contempler l’immensité de la pièce et les nombreux détails de décoration, il ne remarqua même pas les nénuphars flottant dans un grand vase. Aussi loin que son regard s’amusait à se balader, il en revenait toujours sur Donatella, sans oser toutefois la fixer trop longtemps.

C’est en la fuyant à moitié du regard qu’il la complimenta, sans rien attendre en retour, et sûrement pas un compliment de sa part. De justesse, il retint le rouge de lui monter aux joues lorsqu’il murmura un remerciement en retour. Sa tenue n’était pas la plus élégante qu’il ait pu porter. Elle était sobre, classique, à son image, mais loin des riches tenues qu’il ait été amené à revêtir dans sa demeure natale. Diego n’avait pas cherché à paraître particulièrement plus élégant qu’habituellement, parce qu’il ne voulait pas que son amie ne suspecte quoi que ce soit. Mais en y prêtant attention, on pouvait tout de même remarquer que ses cheveux étaient impeccablement coiffés et laissés tels quel, alors qu’il les attachait habituellement vers l’arrière pour ne pas être dérangé par des mèches capricieuses.

Le rouge de ses joues ne fut retenu qu’un instant en fin de compte. Avant que la main de Donatella ne vienne toucher le haut de son sternum. Diego se raidit, un tout petit peu, à ce contact inattendu. Les doigts avaient à peine frôlé sa chemise, mais ça avait suffi à ce qu’il sente son cœur faire une espèce de bond désagréable, comme s’il avait manqué une cadence. Et la main de Donatella repartit aussi rapidement qu’elle n’était venue, suivie par le regard du Livenzien. L’instant d’après, il remontait les yeux vers sa compagne, esquissant un sourire pour faire comme si de rien n’était. Diego n’était pas le plus vierge des deux, mais ça ne faisait pas de lui quelqu’un d’à l’aise avec les femmes. Surtout dans les situations sensibles. Pour mettre définitivement fin à cette ambiguïté, il sortit l’arme fatale cachée dans sa main droite depuis son arrivée. Le bouquet de fleurs, que Donatella avait déjà dû voir, mais qu’il lui tendit en main propre.

« Je vous en prie. Je suis heureux qu’elles vous plaisent. »

Donatella lui avait fait un drôle de compliment, que Diego n’osa pas vraiment soulever. D’une certaine manière, il n’en attendait pas moins d’elle. Elle lui plaisait aussi pour son caractère particulier et sa singularité. Les fleurs étaient belles, à ses yeux. Être comparé à elles ne pouvait que s’avérer positif. Quand aux adjectifs, Donatella voyait juste, et ils lui correspondaient bien.

Diego suivit sa compagne une nouvelle fois jusqu’à une table déjà dressée à laquelle il s’assit après y avoir été invité.

« Je vous sers ? Avec des glaçons ? »

Pendant que Donatella s’occupait du bouquet, il lui servit un verre qu’il posa devant la chaise libre, et se servit un verre pour lui, avant d’ajouter quelques glaçons dans chacun des verres.

« C’est amusant. Je n’avais jamais vu de vin de pêche bleu. Je ne connaissais pas cette recette là. En tous cas, je dois dire que c’est bien présenté. »

Diego attendit un instant que la Cigno prenne place face à lui, avant qu’elle lui tende une assiette de gâteaux vraiment appétissants. Le Livenzien en attrapa un et tendit l’assiette à Donatella.

« Non non surtout pas. C’est parfait, ne vous en faites pas. Ils ont l’air succulents. C’est vous qui les avez faits ? »

Et pour confirmer ses dires, il croqua dans celui qu’il tenait entre ses doigts, fit un signe de la tête à Donatella, et engloutit le reste du petit gâteau en une deuxième bouchée.

« Ils sont vraiment bons. »

Lança-t-il à peine le gâteau fini.

« Oh non je… »

Ses yeux se baissèrent un instant. Donatella savait qu’il travaillait sur le marché, mais il n’était pas franchement satisfait de ce premier emploi. Il en avait été fier la première semaine, fier de gagner de lui-même son argent et de ne plus dépendre de personne, mais la noblesse avait rapidement repris le dessus. Etre vendeur à la criée n’était pas vraiment à la hauteur de ses espérances, et lui faisait parfois honte. Particulièrement face à des personnes telles que Donatella, bien qu’elle ne paraissait pas lui reprocher quoi que ce soit.

« Je travaille toujours sur le marché en ce moment. Longues journées oui, lever tôt, criée toute la journée. Je vais parfois aider le maraîcher qui m’emploie dans les champs. Je n’ai pas encore réussi à trouver quelque chose d’autre, mais je recherche. J’ai entendu dire que certaines grandes familles cherchaient du personnel pour les assister, cela pourrait me convenir. »

Mais c’était assez parlé de lui. Diego ne s’était pas rendu chez Donatella pour parler d’emploi, et il n’avait pas non plus à se plaindre de la situation actuelle. Il avait un emploi, mangeait à sa fin, se logeait convenablement. Il ne tenait qu’à lui d’améliorer la situation si elle ne lui plaisait plus.

Les mots de Donatella le touchèrent bien qu’il tenta de ne pas trop le montrer. Elle lui avait manqué pendant cette semaine, mais il ne pensait pas que ce serait un sentiment partagé. En réalité, il avait du mal à cerner la place qu’il occupait dans la vie de son amie, mais il l’imaginait bien moins importante que la réciproque.

« Vous… m’avez manqué aussi. »

Il détourna les yeux une nouvelle fois, incapable de lui dire ça en la regardant droit dans les yeux. Ce manque d’assurance lui faisait défaut, et il en était le premier désolé. Il savait combien cela pouvait être agaçant de ne pas être regardé quand on s’adressait à vous, mais il en était incapable.

Le Livenzien attrapa son verre et le tendit vers celui de Donatella pour trinquer et repartir sur des choses plus faciles à dire. Le vin de pêche bleuté l’intriguait, et il était temps d’y goûter.

« Eh bien.. a notre rencontre alors ! »

Son verre vint cogner celui de sa vis-à-vis. Il ne manqua pas cette fois-ci de la regarder dans les yeux, un sourire perché à ses lèvres. En trinquant, c’était la moindre des politesses, et il n’aurait pas voulu lui manquer de respect. Le verre fut porté à ses lèvres, et il en avala une gorgée.

Diego n’avait jamais goûté de vin de pêche, ou alors il ne s’en souvenait pas. Le goût était surprenant, mais plutôt agréable et rafraîchissant. Ca tombait bien, il commençait à avoir chaud à force de rougir pour un oui pour un non. Même si les feuilles de pêche donnaient l’essentiel de l’arôme, on devinait un petit goût de myrtille qui relevait la note.

« C’est surprenant mais vraiment délicieux. Merci de me faire goûter vos spécialités. »

Le Livenzien observait suffisamment Donatella pour noter qu’elle avait tendance à pencher vers lui, mais il mit cela sur le compte de la proximité amicale, plutôt que de vouloir extrapoler ses intentions. Sans chercher à s’éloigner pour marquer une distance entre eux, il ne fit rien non plus pour se rapprocher, bloqué à l’idée qu’un geste de sa part pourrait être mal pris.
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Donatella Sambre Cigno

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Lun 13 Juin - 20:46

Sans quitter le Livenzien des yeux, Donatella leva son verre et en fit tinter le rebord contre celui de son compagnon. Le cristal résonna une seconde en une note aussi haute et pure que le chant qu’aurait pu produire la Cigno en cet instant si elle s’était laissée aller à exprimer vocalement le bien-être qu’elle ressentait. Si elle avait pu, si les convenances, la peur, le bon sens ne la retenaient pas, elle aurait volontiers invité Diego à l’embrasser pour l’empêcher d’ouvrir les lèvres et de laisser passer un chant fatal. D’ailleurs, même sans cela…

Ses cheveux noirs te rappellent ceux de ton corbeau ? susurra une petite voix cruelle à l’intérieur de son crâne. Peut-être qu’en fermant bien les yeux, tu pourrais imaginer Orazio à sa place…

Une lueur effrayée passa fugitivement dans son regard tandis qu’elle battait des paupières pour chasser l’injonction mauvaise d’une conscience peu scrupuleuse. Il lui fallut un peu de temps pour reprendre ses esprits, et elle se donna rapidement une contenance en avalant une gorgée de vin de pêche. La fraîcheur de la boisson la raviva et lui permit de tout à fait recouvrer ses esprits et reprendre le fil de la conversation.

- Vous savez que je vous aurais volontiers engagé à la librairie si nous n’étions pas devenus des amis, Diego… Je regrette de ne plus pouvoir vous proposer de travailler avec moi. Mais je crains qu’au vu de notre relation… cela ne nous nuise.

Elle eut un sourire désolé et se saisit du bout des doigts d’une petite viennoiserie, la portant à ses lèvres. Le gâteau s’émietta et elle lécha délicatement son index pour recueillir un fragment de myrtille avant qu’il ne tombe sur la table et ne la discrédite aux yeux de Diego, brisant son image élégante au profit d’une parure de maladroite.

Si possible, en contrepartie de n’avoir sa plus tendre affection, elle désirait sa plus tendre considération. Voilà pourquoi elle l’avait accueilli en sa demeure avec tant de grâces et de charmes. Elle voulait qu’il ait d’elle une représentation positive, méliorative. La repésentation inaltérable d'une femme respectable.

Elle-même se sentait de plus en plus impure...

Elle sourit une fois de plus lorsque le jeune homme la remercia justement au sujet de ce qu’il considérait comme une amabilité, la remercia de lui faire goûter ses spécialités. Le regardant, elle sut que son compliment était sincère, et elle en fut touchée.

- Je cuisine très peu, pourtant. Vous ne devriez pas me remercier. Je n’ai pas grand talent quant à la composition de plats raffinés… Il est si… triste, de cuisiner lorsque l’on est seul.

Une nouvelle fois, ses yeux prirent une expression lointaine, et elle ressentit réellement la tristesse dont elle parlait. Auparavant, la solitude lui était salutaire, elle l’appréciait, s’y complaisait même avec une aisance qu’on pouvait lui envier. Mais depuis que se retrouver seule signifiait être en proie à des tourments que nul sinon un Cigno pouvait deviner… Elle avait oublié la saveur d’un soir de lecture, ou celle d’heures passées dans le bassin du jardin, à réfléchir. Elle n’écrivait plus, dormait peu et mal.

Tout au fond d’elle, dans chaque fibre, chaque cellule de son corps, elle savait qu’une seule personne pouvait la sauver de cette mort lente, et que cette personne ne viendrait jamais. Ainsi se savait-elle condamnée. Avait-elle encore quelque chose à perdre qui ne fut pas insignifiant ? Elle dépérissait de tristesse, comme un cygne que son partenaire aurait abandonné.

Et parallèlement à cela, l’obsession de retrouver Orazio, quitte à le supplier, se faisait chaque jour plus violente, plus impérieuse, au point d’occasionner une véritable souffrance physique. Elle craignait que le froid qu’elle ressentait dans sa chair ne s’applique également à ses paroles. Elle tenait tant à se montrer chaleureuse avec Diego…

Je ne peux pas faire semblant. Je ne peux pas lui parler simplement. Je ne peux pas me contenter de cette réception. A partir du moment où il est entré, pour moi il était déjà trop tard pour reculer.

Un frisson la parcourut de part en part. Elle avait beau se sentir affreusement coupable, elle savait ce dont elle avait besoin. Et une simple amitié avec le Livenzien ne suffisait pas à lui apporter. Elle avait besoin de se noyer dans un corps, une vie, des sentiments qui n’étaient pas les siens.

- Je voudrais… que vous… restiez.

Ces mots, à peine murmurés, avaient franchi la barrière de ses lèvres. Au stade où elle en était, ils pouvaient encore ne signifier qu’une invitation à dîner. Mais très vite, elle en noya l’ambiguité, et ajouta, d’une voix qui se brisait sans nul doute en même temps que sa vertu:

- Cette nuit.
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Diego Valiente

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Lun 13 Juin - 21:56

C’était une bonne chose que Donatella ne l’ait pas engagé, et le Livenzien lui répondit par un sourire pour montrer son approbation. Au vu de leur relation, ça n’aurait pas été la meilleure des idées, il en convenait. Il en attendait beaucoup de son amie, mais sûrement pas un travail. Les pistes des familles riches semblaient prometteuses, et il ne souhaitait surtout pas l’embêter pour des histoires pareilles.

Heureusement, le sujet changea de lui-même au gré de leurs dégustations. La cuisine vint tout naturellement après la boisson, conversation amenée sur un plateau par le Livenzien. Il aurait pu continuer à faire semblant que rien ne le travaillait pendant longtemps, à parler de tout et de rien. Diego avait trop peur d’une réaction négative pour tenter quoi que ce soit.

Mais Donatella avait décidé de faire fi de la subtilité. En l’espace de quelques mots prononcés, les yeux de Diego eurent le temps de s’écarquiller et son visage de se crisper. Evidemment, il avait fallu que son amie parle alors que Diego était sur le point de prendre une nouvelle gorgée de vin de pêche. Rafraîchissant qu’il disait. Salvateur parce qu’il avait chaud à force de rougir, mais pas vraiment souhaitable lorsqu’on vous fait une annonce aussi franche. Il s’étouffa.

Le « cette nuit » eût à peine le temps de parvenir à ses oreilles que Diego toussota par trois fois, posant son verre en précipitation pour porter sa main à sa bouche. Il se força à avaler ce qu’il restait dans sa bouche et fut pris d’une quinte de toux. Comme réaction, on faisait difficilement moins plaisant. Il sentit le vin remonter le long du canal lacrymal, et toussa jusqu’à manquer de s’étouffer.

C’était une chose de tousser une fois, c’en était une autre de le faire jusqu’à manquer d’air. Et dans le même temps, il avait envie de s’excuser et de se mettre à plat devant Donatella tellement il était navré et se sentait pathétique. Il n’avait pas voulu lui offrir une telle réaction.

« Je suis.. vraiment désolé. »

Diego reprit sa respiration, soulevant fortement sa cage thoracique jusqu’à ce qu’il y ait assez d’air dans ses poumons pour reprendre un rythme normal. Il prit une gorgée de vin de pêche pour faire passer le tout, et reposa rapidement la coupe pour ne pas risquer un autre incident. Les bonnes manières auraient voulu qu’il s’excuse du sort qu’il faisait à cette boisson, mais il n’y pensait même plus.

L’attirance qu’il éprouvait pour Donatella grandissait avec le temps, mais le Livenzien n’aurait jamais imaginé qu’elle soit réciproque. La surprise fut grande pour Diego. Lui, pauvre petit expatrié presque sans le sou, qu’est-ce qu’elle pouvait lui trouver ?

« Excusez-moi, je ne sais pas ce qui m’a pris. »

Si bien qu’il douta un instant de ses oreilles et de son entendement. Les mots signifiaient-ils bien ce qu’il comprenait ?

« C’est avec plaisir que je resterai pour la nuit si vous m’y invitez. »

Il murmura les derniers mots, comme s’il n’osait pas tout prononcer à voix haute. Pourtant, il n’avait rien à craindre. C’était là le souhait de Donatella, et il ne faisait qu’y répondre. A supposer qu’elle entende la même chose que lui. Elle était mystérieuse, parfois trop pour Diego. Mais ces intentions là semblaient transparentes.

C’était le moment de faire appel à ses souvenirs. Ô mémoire, ouvre-toi. Est-ce qu’il avait déjà été avec une femme, la nuit ? Oui, sûrement, avant le grand black-out. Depuis, c’était moins certain. Il se souvenait d’une qu’il avait ramenée chez lui, et avec laquelle il avait essuyé un échec monumental. Elle voulait absolument être dans le noir, et il n’avait pas su dire non, évidemment. Mais la panique l’avait pris au pire des moments, et il avait été obligé de la renvoyer, avant de pouvoir allumer la lumière. Diego ne l’avait plus revue. Une expérience suffisamment marquante pour qu’il en ait retenu la leçon. S’ils montaient dans la chambre avec Donatella, il ne fallait surtout pas la laisser faire le noir complet. Même se savoir en compagnie plaisante n’apaisait pas sa phobie.

Sa toux calmée, Diego se retourna vers son amie, un sourire doux aux lèvres. Il n’avait plus tellement faim, ce qui était rare pour un grand mangeur comme lui. L’appréhension lui avait coupé l’appétit, sa toux s’était chargée du reste. Et puis il y avait, quelque part dans son ventre, des tripes qui s’étaient nouées quand Donatella avait évoqué la nuit. Pas vraiment des émotions, pas de l’appréhension non plus, juste un sentiment heureux qui n’avait rien trouvé d’autre pour se manifester. Juste pour quelques mots.

Tout n’était pas encore certain. Mais Diego savait qu’il ne risquait pas grand-chose à présent à se montrer un peu plus sincère. Il laissa glisser sa main jusqu’à celle de Donatella et l’attrapa pour caresser le dessus de ses doigts, la chair de sa paume, l’effleurant plus qu’il ne la touchait.

Ses sens lui intimaient de l’embrasser, mais sa raison le freinait encore par des dizaines d’interrogations. Etait-ce la bonne chose à faire ? En était-il digne ? Fallait-il partir et préserver leur amitié immaculée ? Et ne valait-il mieux pas attendre que de précipiter les choses ? Donatella avait parlé de la nuit. Il n’était à peine que l’heure du souper.

Oui mais les incertitudes gagnaient à s’éclaircir. Diego voulait s’assurer qu’ils entendaient bien la même chose par nuit.

La main de Diego ne quitta pas sa semblable. En revanche, l’autre vint délicatement frôler la joue de la Cigno pour la caresser tandis qu’il l’admirait. Elle était d’une beauté presque parfaite, et tellement délicate. Les cœurs avaient sans doute été nombreux à chavirer pour elle.

« Excusez-moi, c’est un peu …. précipité mais je… je suis bien avec vous »

Il laissa sa main en suspens. Pauvre maladroit qui s’excusait de lui-même alors que les avances ne venaient pas de lui. Mais c’était une manière de les valider, et de disculper sa compagne.
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Donatella Sambre Cigno

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Mar 14 Juin - 13:13

Donatella frémit en sentant la main de Diego se poser sur la sienne, légère et douce, comme s’il était plein de retenue, ou comme s’il la jugeait fragile, chose délicate susceptible de se briser si on la touchait un peu trop brusquement. L’espace d’une seconde, elle se crispa à ce contact, attendant avec peur de sentir monter en elle un refus, peut-être même un rejet, involontaire, indépendant de sa volonté, mais phénomène physique puissant, comme si son corps ne pouvait supporter que les attouchements d’un seul – qui ne la toucherait pas.

Mais au contraire, sous les doigts de Diego, elle sentit sa chair s’attendrir, comme en offrande, et une chaleur bénéfique se répandit avec douceur jusque dans les veines de son bras, avant de se communiquer à tout son corps. Alors elle se détendit, sa peau lui fit moins mal, et elle parvint presque à chasser Orazio de son esprit.

Elle resserra ses doigts glacés sur ceux de Diego, maintenant une étreinte timide qui ne demandait qu’à prendre de l’assurance. Elle avait besoin, profndément besoin, de chaque geste tendre que le Livenzien serait en mesure de lui apporter. Elle attendait tout de lui, et en même temps rien de plus que ce qu’il serait d’accord de lui offrir. Une simple caresse au creux de sa paume suffisait à l’apaiser pour l’instant.

C’était pour elle la première fois qu’elle entretenait des gestes aussi intimes avec une personne. Elle n’avait connu aucun amant, aucun amour de jeunesse, créature un peu froide qui n’éprouvait de la chaleur qu’en lisant les mots imprimés sur des centaines de pages qui évoquaient des passions qu’elle ne pouvait qu’imaginer, et qui la comblaient pour cette même raison. A son tour maintenant, elle ressentait les émois des héroïnes, certes dans une dimension plus atypique.

Tout son être était tendu vers ses ressentis, attentif à son compagnon, à ses gestes, comme figé. Elle ferma à demi les yeux sous la caresse qu’il prodigua à sa joue, inclinant imperceptiblement la tête dans la direction de cette main. Elle sentait son cœur battre à grands coups, le sang bruisser à ses oreilles. Ses lèvres entrouvertes paraissaient plus rouges encore, ses yeux pleins d’eau prenaient une profondeur d’obsidienne, de lac sous la nuit dans lequel plonger et mourir submergé par une eau onctueuse.

- Diego… souffla-t-elle, dans une sorte de transe.

Peut-être devait-elle éclaircir certains points. Après tout, elle lui avait fait une demande si franche qu’il aurait pu s’en montrer offusqué. D’autant plus que sur le plan de la naissance, il lui était supérieur –officiellement. Il aurait pu la rejeter pour moins que cela. Elle fut si soulagée lorsqu’il accepta, si soulagée de voir qu’il partageait son trouble et ses envies, qu’elle eut envie d’abolir définitivement la distance qui régnait encore entre eux.

- S’il vous plait, comprenez-moi… J’ignore tout de ce que signifie passer la nuit avec un homme… Je sais simplement que je ne parviens plus à dormir, ni seule, ni dans le noir. J’ai… constamment besoin d’être rassurée par quelque chose, et laisser une chandelle près de mon lit est la seule solution que j’ai pu trouver pour ne pas me sentir totalement engloutie par cette effroyable solitude qui me pèse depuis avant même notre rencontre. J’ai envie de vous. J’ai besoin de vous, et bien plus que pour une seule nuit…

Elle leva vers lui des yeux hagards et posa sa main contre la sienne pour l’appuyer contre sa joue, ses longues mèches argentées s’enroulant autour de ses doigts. Pour une fois dans sa vie, Donatella Sambre peinait à trouver les mots justes et se sentait d’autant plus vulnérable.

- Je crois qu’une partie de moi vous aime… finit-elle par avouer.
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Diego Valiente

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Dim 26 Juin - 21:17

Bien que son enthousiasme ait été attisé par la proposition franche de Donatella, Diego n’était pas pressé. De manière générale, il n’était pas quelqu’un de hâtif, et avait au contraire tendance à laisser traîner les choses. Un petit manque de confiance en soi n’était sûrement pas étranger à ce comportement.

Sa main posée sur la joue encore fraîche de Donatella, il la frôlait avec toute la retenue que leur situation imposait. Une retenue qui n’était visiblement pas du goût de la demoiselle à en croire sa soudaine déclaration.

Alors qu’elle lui faisait comprendre qu’elle n’avait jamais passé la nuit avec un homme, le Livenzien sentit sa main retomber sur la table. Ses yeux n’avaient pas quitté ceux de sa compagne, mais l’hésitation vint rapidement remplacer l’assurance qu’il tentait de gagner. Ses lèvres se figèrent, incapables de laisser passer le « ah » qu’il pensait pourtant très fort.

La déclaration de Donatella était aussi soudaine et inattendue qu’elle était franche. Plutôt que d’abolir une distance, elle en plaça une franche, du côté de Diego. Il déglutit en détournant son regard vers la carafe de vin de pêche bleue, qui prit soudainement un intérêt tout particulier. Il n’était pas certain d’avoir bien compris l’allusion de Donatella, et pour le coup pas certain de vouloir la comprendre non plus. L’histoire des chandelles avait presque été occultée par celle de la première nuit.

« Je… euh… »

Fin du bredouillement. L’effort n’avait pas franchement porté ses fruits. Diego resta encore hypnotisé quelques instants par la bouteille de vin de pêche, le temps de laisser sa cervelle turbiner dans tous les sens. Dans une bande dessinée, on aurait vu des rouages au dessus de sa tête, et de la chaleur s’évaporer de sa tête. Mais en réalité, on voyait juste des yeux perdus dans le vague, et une légère teinte rosée au dessus de ses joues hâlées.

« Je suis là, vous n’êtes pas seule. »

Finit-il par lâcher dans un ultime effort, juste avant que Donatella n’achève le domestique en terminant sa déclaration enflammée. Ses yeux, furtivement revenus regarder le visage de sa compagne, partirent de plus belle. Il avait une attirance certaine pour cette femme, et ces déclarations là ne le laissaient définitivement pas de marbre. Mais si une part de lui en était toute émoustillée, l’autre part prenait de plus en plus peur. Il y avait à l’intérieur de lui un système d’alarme relativement performant, couplé à sa mémoire défaillante, qui le protégeait assidument d’une bonne gamme de sentiments amoureux.
Autrement dit, il se mit à paniquer intérieurement lorsque Donatella lui avoua ses sentiments à son égard, ne sachant trop comment réagir. Sa raison lui disait de partir, et pourtant il n’en avait aucune envie.

Est-ce qu’il aimait Donatella en retour ? Pas de cette manière là. Il l’appréciait comme amie, l’aimait beaucoup, mais… MAIS. Quelque chose l’empêchait de passer le cap. Quelque chose d’inconscient, quelque chose qui s’appelait assassinat d’ancienne petite amie sous couvert de jalousie. Il ne s’en souvenait pas, mais son inconscient si.

Les yeux de Diego remontèrent lentement vers le visage de son amie. Il restait une réaction plausible, pour éviter toute réponse qui aurait pu les déstabiliser tous les deux. Donatella jouait la carte de la sincérité et de la précipitation. Si Diego avait été hésitant jusqu’à présent, il sentait qu’il était temps de passer à la vitesse supérieure. Alors sa main remonta sur la joue de la Cigno, qu’il vint caresser plus franchement cette fois-ci. Par une pression, il l’amena à tourner son visage vers lui, et il se pencha dans sa direction.

Ses lèvres ne mirent pas longtemps à rejoindre le visage de Donatella. Il n’avait pas envie de la voir réagir et de s’éloigner. Diego passa sa main derrière sa nuque, enfouissant ses doigts dans ses longs cheveux blancs, et pressa ses lèvres contre celles de sa compagne. Une réponse gestuelle valait mieux que tous les mots, surtout les mots bredouillés de Diego. Et elle laissait libre court à toute interprétation.
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Donatella Sambre Cigno

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Lun 27 Juin - 21:14

Aussi sûrement que les mots de Donatella avait bouleversé et déstabilisé complètement son ami, son geste à lui la prit totalement de court. Elle n’aurait jamais pensé qu’il l’embrasserait, et elle se rendit compte enfin, effrayée, du poids que ses paroles avaient pu avoir.

Comme une brutale redescente sur terre, elle prit conscience des enjeux que son discours, sincère à tout le moins, leur proposait à tous les deux. Au moment même où Diego passait sa main derrière sa tête pour l’attirer doucement à lui, elle eut une crispation de nuque si violente qu’elle tressaillit toute entière, et sa main qui était posée sur la table se déplaca rapidement jusqu’à l’épaule de Diego, comme pour le retenir, ou avoir la possibilité de le faire reculer.

Deux lèvres chaudes se superposèrent aux siennes, en douceur, comme pour demander pardon de n’avoir su quoi répondre avant d’entreprendre un tel geste de proximité. C’était une sensation particulière qu’elle n’avait jamais connu auparavant et qu’elle aurait été incapable de rattacher à un quelconque roman pour établir un point de comparaison. Le baiser que lui donnait Diego était agréable et rassurant. Pourtant, son corps ne se détendait pas, et elle ne parvenait pas à lui rendre la pareille. Passive, elle acceptait le baiser, yeux mi-clos, mais son corps tout entier semblait… rester de marbre.

Brusquement, elle sentit une déchirure au niveau de son cœur, qui se propagea jusqu’à son ventre, et elle hoqueta subrepticement. D’où lui venait ce sentiment de trahir quelque chose en elle ? Pourquoi se sentait-elle mal à l’aise comme… comme une femme adultère ?

Un nom lui vint immédiatement à l’esprit.

Orazio Corvo.

S’il l’eut embrassée, là, à la place de Diego, nul doute qu’elle se serait sentie fondre, périr, brûler. Elle aurait sans doute enroulé ses bras autour du cou du Corbeau, en tremblant, hésitant à l’idée d’en réclamer d’avantage, à moitié morte de peur (peur que ce soit trop fort) et morte de désir.

Mais le fait était là.

Elle embrassait un autre homme que lui.

Une machine brutale semblait être en marche, et Donatella ne savait comment y faire face.

Etait-elle donc à ce point si faible ?

De quelle sorte amère de dédoublement de la personnalité était-elle atteinte ? Ne venait-elle pas de dire consciemment à Diego qu’elle l’aimait, qu’elle avait besoin de lui ? Pourquoi donc était-elle maintenant effrayée par leur proximité, effrayée à l’idée qu’il en demande plus ?

Son esprit déraillait.

Elle risquait de briser, de gâcher l’amitié que Diego lui portait. Et s’il l’avait embrassée simplement parce qu’il ne savait comment réagir à la passion qu’elle venait de lui témoigner, lui dédiant des mots qu’elle aurait aimé hurler à un autre ?

Mon dieu, je suis folle… pensa-t-elle avec effroi.

Oh oui, tu l’es ! la raillèrent une clameur de voix malsaines à l’intérieur de son crâne. Vautre-toi dans la concupiscence, puisque tu n’obtiendras jamais rien de mieux ! Ton amour est parti, il a jeté ton âme à bouffer au néant !

Et soudain, le visage d’Orazio lui apparut, bientôt fendu d’un long sourire cruel et moqueur, construit de toute pièce par la perversité de son cerveau de femme cygne affolée.

Je ne peux rien pour toi ! lui dit-il en riant, exactement comme lors de leur dernière entrevue, avant de se volatiliser (disparu ! Envolé !)

Il ne lui en fallut pas plus, pour qu’un sanglot la secoue.

Et de grosses larmes roulèrent, tout le long de ses joues.
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Diego Valiente

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MessageSujet: Re: La blanche pâquerette et le papillon sérieux [PV]   Mar 9 Aoû - 20:46

[Désolée, j’ai eu une grosse panne d’inspiration pour Diego, donc j’ai préféré abréger pour ne pas bloquer le RP interminablement]

Attentif comme il l’était, Diego ne manqua pas de remarquer que Donatella s’était raidie à son approche. Mais compte tenu de ses déclarations, c’était quelque peu compréhensible. Si elle n’avait encore connu aucun homme à son âge, c’était sans doute que l’appréhension la retenait et qu’elle n’aimait pas se sentir approchée. C’est sur ce compte là que le Livenzien mit son recul, ses hésitations, le baiser à moitié partagé.

Heureusement, il ignorait tout de ce qu’il se passait dans la tête de la jeune femme, et particulièrement ce qui concernait Orazio. Même si Donatella avait évoqué « une partie d’elle » en parlant d’amour, difficile d’imaginer que l’autre partie, non contente de ne pas l’aimer, en aimait éperdument un autre.

« Chhhhut, ne pleurez-pas. »

La consolant maladroitement, il la pris contre lui, embrassant son visage puis sa nuque. Après tout, Donatella ne lui avait-elle pas demandé explicitement de passer la nuit avec elle et de lui faire découvrir les hommes ? Diego lui-même n’était pas franchement à l’aise. Le comportement de Donatella le déstabilisait tant par ses déclarations soudaines que par ses pleurs inexpliqués. Et pour se rassurer lui-même, il mit tout sur le compte d’une appréhension mêlée d’impatience. Lui-même savait être extrêmement maladroit lorsqu’il avait un message à faire passer et qu’il ne savait pas comment s’y prendre, il en déduisit qu’il en était de même pour Donatella.

Mais s’il était mal à l’aise lorsqu’il s’agissait de déclarations, de fantômes, de sentiments et de femmes en pleurs, il était en revanche bien plus sûr de lui lorsqu’il s’agissait de femmes à contenter dans un lit ou ailleurs. Loin d’être un tombeur, Diego avait tout de même de l’expérience dans le domaine, plus en tout cas que Donatella, ce qui n’était pas compliqué.

Devant son hésitation, il se montra deux fois plus entreprenant, embrassant à nouveau ses lèvres en prenant les mains de Donatella dans les siennes. Loin de lui l’idée de vouloir la forcer, mais puisqu’elle semblait elle-même décidée, il était temps de passer aux choses sérieuses.

~~~~~~~~

Le soleil venait de se lever lorsque Diego se réveilla. Dans leur hâte, ils avaient oublié de fermer les volets, et les lourds rideaux ne filtraient pas entièrement la lumière forte du levant. Diego s’était endormi avec Donatella dans ses bras, mais à présent elle était allongée à côté de lui. Le sommeil lui avait enfin permis de se détendre et d’effacer de son visage les traits crispés qui l’habitaient la veille au soir. Les yeux plissés pour parer à l’éblouissement, le Livenzien la contempla un instant, lui volant l’intimité de son sommeil. Elle était belle, à n’en point douter. Lui-même l’aimait un peu. Un peu mais pas trop, pour ne pas atteindre le seuil fatal de la jalousie. Diego n’était pas complètement à côté de la plaque. Il avait bien remarqué que quelque chose n’allait pas chez Donatella, quelque chose qui dépassait la simple appréhension de la première fois, qui s’était au final bien passé. Mais il était aussi maladroit qu’il était lâche, et il ne savait pas du tout s’y prendre pour ce genre de réconfort.

Sans bruit, il fit glisser les draps, enfila ses vêtements étalés au pied du lit, et sortit de la chambre sur la pointe des pieds. Partir en voleur ne lui ressemblait pas, mais il avait peur de ne pas savoir quoi dire à Donatella, et peur de l’avoir déçue. La porte de la petite maison se referma derrière lui, et il prit soin de ne pas la claquer pour ne pas réveiller la belle. Il renfila ses chaussures, portées à la main, et se mit en marche en espérant que Donatella ne lui en voudrait pas trop. Il lui expliquerait sans doute tout ça par lettres, pour réfléchir à la meilleure manière d’apposer ses sentiments sans devoir gérer des sanglots et des reproches.

Une boule coincée dans la gorge, il prit la direction de son appartement, espérant qu’elle lui permettrait de le revoir, un jour.
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